«Nous souhaitons avoir une vue d’ensemble sur toute la chaîne des processus»

Entretien fmc 4/2016, le 6 décembre 2016

Les hôpitaux sont -ils en train de supplanter les réseaux de médecins en tant que moteur des soins intégrés? Bruno Guggisberg, CEO de l’Hôpital Simmental-Thoune-Saanenland (Spital STS AG), souligne l’aspect collaboratif: «Nous avons besoin d’eux, ils ont besoin de nous».

Monsieur Guggisberg, le Spital STS AG ouvrira au printemps 2017 le «Centre médical Gare» place de la gare à Thoune, suivant ainsi la tendance à la création ou à l’achat de cabinets médicaux. Cette démarche sert-elle avant tout au développement de la patientèle pour l’hôpital ou aux soins intégrés?

Bruno Guggisberg: En premier lieu, il est question de limiter les cas d’urgence à l’hôpital. Actuellement, les médecins de famille de la région effectuent leur service d’urgence chez nous puisqu’ils possèdent une sorte de cabinet médical à l’hôpital. Ils examinent et traitent des patients souffrant de troubles ou de blessures qui n’engagent pas le pronostic vital. Bien entendu, un cas d’urgence peut nécessiter une hospitalisation, et c’est déjà le cas aujourd’hui. D’un autre côté, les prestations ambulatoires ne sont pas rentables pour l’hôpital. Le Centre médical nous permettra de garantir la sécurité des soins.

…et non d’encourager l’intégration des soins?

Étant donné que la collaboration avec les médecins établis est d’ores et déjà très étroite, l’intégration est elle aussi bien avancée.

Le suivi médical adéquat, souvent très coûteux, est plus important encore. Comment l’hôpital de Thoune organise-t-il la gestion de la sortie?

L’hôpital applique actuellement le principe suivant: la planification de la sortie démarre lors de l’admission du patient – c’est également le cas chez nous. Une bonne gestion de la sortie réduit la durée du séjour. Par conséquent, les lits d’hospitalisation aigüe seront libérés plus tôt et nous pourrons rapidement admettre de nouveaux patients. Mon prédécesseur a instauré un système de coaching: les coachs sont chargés de planifier la sortie d’un patient dès son premier jour d’admission. Ceci permet de décharger le personnel soignant qui peut alors se consacrer entièrement à son activité principale.

Qui paie ces coachs?

En principe, il est question d’auto-rémunération. Grâce à eux, la durée de séjour moyenne dans notre établissement compte une journée de moins que la moyenne suisse. En d’autres termes: les coachs – à Zweisimmen, il s’agit d’un personnel infirmier spécialisé – s’auto-financent en intégralité par le biais des forfaits par cas. Le savoir-faire de ces personnes, qui englobe également des connaissances en droit des assurances sociales, assure aux patients et aux patientes une qualité de vie, une sécurité et une satisfaction maximales à la sortie de l’hôpital.

Avec la résidence pour personnes âgées Alterswohnen STS AG, le Spital STS AG possède une filiale qui propose différentes formes d’établissements pour les personnes ayant besoin de soins et d’assistance. Quels sont les avantages que vous comptez en tirer?

En tant que prestataire de soins familiarisé depuis longtemps avec l’intégration verticale, il était logique de compléter la chaîne des processus avec les soins de longue durée. D’autant plus qu’il existe de nombreuses synergies, par exemple dans le domaine de la formation et du recrutement de personnel soignant, de la logistique, de l’informatique et de l’administration. En outre, les médecins hospitaliers à Zweisimmen, en collaboration avec les médecins de famille, assurent les soins médicaux dans les résidences pour personnes âgées.

Afin de couvrir l’ensemble des soins de longue durée, allez-vous également intégrer les organisations de rééducation et de soins à domicile Spitex?

Nous souhaitons avoir une vue d’ensemble sur toute la chaîne des processus. Ceci dit, chaque domaine, à l’exception des soins aigus, possède sa propre «législation», et notamment ses propres systèmes tarifaires. C’est pourquoi nous devons en tous cas réfléchir à nos choix d’intégration d’un domaine supplémentaire, l’ensemble devant demeurer gérable: Allons-nous créer une entité indépendante? Allons-nous racheter un prestataire existant? Existe-il un partenaire de coopération optimal? Dans le domaine de la rééducation par exemple, nous profitons du fait que notre médecin-chef de la médecine, le Prof. Dr méd. Armin Stucki, occupait la même fonction de médecin-chef au centre de rééducation Heiligenschwendi à Berne entre 2007 et 2013. La coopération était ainsi évidente.

Lorsque l’on observe le développement de votre entreprise, une question se pose naturellement: les hôpitaux sont -ils en train de supplanter les réseaux de médecins en tant que moteur des soins intégrés?

Dans la région de Thoune, tout est une question de relations: le réseau de médecins Igomed, qui vient de célébrer ses 20 années d’existence, compte parmi ses membres des médecins hospitaliers. Et l’hôpital est représenté au comité. À l’inverse, les médecins du réseau Igomed fournissent leurs prestations à l’hôpital dans le cadre du cabinet de garde de la région de Thoune. En bref: Nous avons besoin d’eux, ils ont besoin de nous. D’une manière générale, l’aspect collaboratif doit être souligné: les réseaux de médecins ont une réelle chance d’assurer les soins primaires et de faciliter l’accès aux spécialistes et aux hôpitaux. En revanche, les hôpitaux souhaitent offrir aux patients des solutions «tout-en-un», par exemple grâce à la coopération avec un réseau de médecins.

Il y a quelques années, vous avez participé à l’élaboration du projet pilote appelé «Medizinische Grundversorgung Obersimmental-Saanenland» (soins de santé de premier recours Obersimmental-Saanenland). De tels projets à dimension régionale se développent de plus en plus en Suisse. Constituent-ils le moyen le plus indiqué pour assurer la survie des hôpitaux régionaux?

Ces modèles régionaux sont tout à fait adaptés mais ils demeurent très ambitieux puisqu’ils réunissent différents intérêts et diverses cultures. L’association Medizinische Grundversorgung Simmental-Saanenland, créée en collaboration avec d’autres prestataires de santé de la région ainsi que les municipalités, n’est pas encore parvenue à assurer la pérennité de la médecine de famille. Selon les avis dans le secteur, un hôpital requiert un volume critique de 4'000 à 5'000 cas par an, des chiffres qui appellent également certaines spécialités allant bien au-delà des soins de premier recours uniquement. Les offres et prestations ambulatoires dans les soins de longue durée ne permettent pas de compenser ce manque puisque le fait d’assurer les soins de premier recours est déjà un défi en soi, notamment en raison des cas d’urgence fortement déficitaires et des prestations de mise à disposition. Par ailleurs, il faut bien admettre que la mobilité actuelle diminue la fidélité à l’hôpital régional. La conséquence est que les interventions électives sont souvent effectuées sur le lieu de travail, et non plus à domicile. De même qu’on apprécie les commerces de proximité, malgré une fréquentation plus assidue du centre commercial.

Vous misez sur l’intégration verticale. Vous devez donc composer avec des forfaits par cas, la structure tarifaire Tarmed et le nouveau régime de financement des soins. Il serait plus pertinent, par exemple pour les malades chroniques, de convenir de forfaits regroupant les différents secteurs. De préférence appuyés par des indicateurs de qualité pour que le Spital STS AG puisse engranger des recettes supplémentaires s’il satisfait aux critères.

De tels forfaits sont effectivement souhaitables mais semblent encore hors de portée. Dans un premier temps, il faudrait résoudre le problème des systèmes tarifaires inégaux dans les domaines stationnaire (SwissDRG) et ambulatoire (TARMED). Ces systèmes entraînent une différence de paiement entre les hôpitaux pour des traitements de la même maladie ainsi qu’une différence de coûts appliqués par les assureurs. De ce fait, chaque pas effectué vers un financement homogène des prestations ambulatoires et stationnaires est le bienvenu. De même, il serait souhaitable que des indicateurs de qualité viennent appuyer un tel système. Mais une chose après l’autre. De plus, mesurer davantage n’apporte rien. Nous devrions plutôt nous employer à tirer les bonnes conclusions des mesures disponibles et en déduire les mesures nécessaires: voilà déjà un projet suffisamment ambitieux.

Une dernière question concernant le rôle du canton dans les soins intégrés: Seriez-vous contre le fait de joindre aux mandats de prestations pour les hôpitaux, des prescriptions régissant l’intégration de prestataires de santé en amont et/ou en aval?

Non, ce serait intelligent. De cette manière, le canton pourrait signaler qu’il adopte un point de vue global, qu’il souhaite transformer les interfaces en jonctions. Mais soyons clairs: les coûts éventuels engendrés par ces prescriptions devront nous être payés.

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Cette interview a été réalisée par Urs Zanoni, MPH